La nécessité d’un coupable.

Développement durable, OGM, agriculture bio, identité nationale, travail du dimanche, bioéthique, euthanasie, avortement, port du voile, homoparentalité, réforme des retraites...

Modérateur : Françoise T.

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Jean Gauci
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La nécessité d’un coupable.

Message par Jean Gauci » lun. mars 30, 2020 9:39 am

Ce texte a été écrit il y a plusieurs années. Je viens de le relire. Il m'a semblé opportun de le publier.

Chaque fois qu’arrive une catastrophe, la conscience collective recherche un responsable et si possible un coupable.
Il semble insupportable qu’un malheur arrive sans qu’on puisse désigner celui par qui le mal est arrivé.
Quand le phénomène est manifestement indépendant d’une volonté humaine, alors c’est vers les conséquences de ce phénomène que se concentrent les recherches de culpabilité.
Ainsi, un tremblement de terre qui est en soi indépendant de toute responsabilité humaine attirera les demandes d’explications sur la qualité des constructions, la rapidité des secours, l’organisation des recherches… et quand la mort survient, il n’est pas exceptionnel que les médecins soient accusés de n’avoir pas assuré l’éternité au défunt.
Autrefois, le fatum, le destin mettait un terme aux interrogations et la résignation n’en devenait que plus acceptable puisque, en absence de tout coupable, il était vain de mûrir sa haine et son désir de vengeance.
Il est dans notre nature de vouloir mettre un nom et un visage sur le mal qui frappe. Le hasard ou le destin sont insupportables sans une personne ou un bouc émissaire pour purger le mal.

Alors se pose le problème de la justice…

C’est un sentiment étrange que celui du soulagement éprouvé lorsque le coupable ou présumé coupable est lui-même frappé par une punition. Cela ne change rien à l’affaire, le mal n’est pas nécessairement réparé, les victimes ne ressuscitent pas mais la seule idée que l’assassin soit tué à son tour ou qu’il croupira en prison pour le reste de ses jours constitue un apaisement que toutes les victimes exigent. La loi du talion semble être encore la référence et le fondement des institutions judiciaires qui n’ont guère trouvé d’alternatives à la prison.
Le pardon va à contre courant de cette logique de la vengeance ( ou de ce qu’on appelle justice pour exorciser ce sentiment) en effaçant la trace du mal sans exiger une peine réparatrice qui en fait ne donne que l’illusion de la réparation.
Mais le pardon a cet avantage essentiel, c’est qu’il guérit de la haine qui accompagne souvent la souffrance des victimes .
Il faudrait avoir la sagesse et le courage de tourner la page et de se libérer des métastases mortifères de la haine qui semblent s’acharner sur ceux qui sont frappés par le malheur.
Seuls ceux qui sont passés par cette épreuve peuvent dire combien cette ascèse est difficile même si ce chemin exigeant est le seul qui conduise à la paix.

Claudi
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Re: La nécessité d’un coupable.

Message par Claudi » lun. mars 30, 2020 11:22 am

J’adore la contradiction.
On ne peut pas accuser les virus de tous nos maux. Il ne fallait pas avec la mondialisation et la pollution que cela entraîne, “détruire l’habitat” où vivaient tranquillement tous ces virus. Nous avons provoqué dans certaines parties du monde des déséquilibres environnementaux. D’autre diront écologiques.
Un exemple anciens de conséquences douloureuses pour l’humanité : La syphilis ; il faut savoir qu’au XIX siècle la moitié des hommes européens en étaient porteur, Napoléon III et aussi Nietzsche qui en mourut. La syphilis, elle a été importé grâce aux conquistadors espagnols de retour des Amériques et en contrepartie avant de partir ils ont refilés aux amérindiens nos maladies à tel point qu’ils ont été décimés des Antilles, alors qu’eux ils avaient rien demandés, les pauvres.
Eh bien ! Aujourd’hui c’est la mondialisation commerciale avec la Chine, devenue atelier du monde, ses métropoles géantes qui battent tous les records de pollution où les virus sans donnent à cœur joie de proliférer.
Alors, je serai bien tenté de dire que c’est la colère des Dieu qui s’exprime, mais en tant que laïque et par respect pour toutes les philosophies je m’en abstiendrai, ce n’est pas le moment de se chamailler sur la responsabilité des uns ou des autres. Malheureusement c’est encore les innocents qui trinquent.
Après si vous le voulez bien on fera des bûchers pour bruler les coupables et on tournera autour en dansant et en chantant.

Le décalé

andrevii
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Re: La nécessité d’un coupable.

Message par andrevii » lun. mars 30, 2020 3:20 pm

Bonjour

J’adore la contradiction.


Moi aussi, à la condition de la baser sur des éléments stables.

On ne peut pas accuser les virus de tous nos maux.


Ils sont quand même responsables de nombreuses catastrophes sanitaires dont la dernière ne date que de 1931, je parle de la peste. - Et entre deux il y eu la grippe espagnole (1917), la grippe asiatique (1957, 1969) Pourtant la mondialisation ni la modification de l'habitat n'étaient pas en cause comme vous semblez le penser.

La syphilis ; il faut savoir qu’au XIX siècle la moitié des hommes européens en étaient porteur


Les maladies sexuellement transmissibles y compris le sida sont le résultat d'une éthique de vie. Faites l'amour avec votre femme, messieurs et vous n’attraperez ni la syphilis ni le sida.

je serai bien tenté de dire que c’est la colère des Dieu qui s’exprime,


(Avez-vous voulu écrire de Dieu ou des Dieux - De Dieu je suppose)

Moi, il y a longtemps que je le dis mais personne ne veut se laisser entraîner sur ce sujet. L'événement cache un message, saurons-nous le décrypter ? Je relis l'épisode biblique de l'arche de Noé, je n'ai pas terminé ma réflexion, je vous la livrerai peut-être plus tard. J'ai tenu le même langage lors de l'incendie de la cathédrale ND de Paris, là aussi, silence radio. Tout ceci ne sont à mes yeux que des avertissements gratuits.

Après si vous le voulez bien on fera des bûchers pour brûler les coupables et on tournera autour en dansant et en chantant.


Si vous me le permettez, ça se fera sans moi.

Le décalé

Ne décalez pas trop quand même, un accident est vite arrivé ! (1)

André
>

(1) Confinement aidant, j'espère que vous me pardonnerez cette légère pointe d'ironie.

francippo
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Re: La nécessité d’un coupable.

Message par francippo » lun. mars 30, 2020 5:06 pm

Bonjour,
En ces temps d'invasion virale ....qui est donc ou qui sont donc le ou les coupable-s?
Je reviens toujours à la fable de Jean de LA FONTAINE (1621 - 1695):

Les Animaux malades de la peste

"Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Étant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Âne vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."

Je trouve que là tout est dit et bien dit!
francippo 8-)

Jean Gauci
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Re: La nécessité d’un coupable.

Message par Jean Gauci » mer. avr. 01, 2020 11:29 am

Merci Francippo.. cela nous ramène aux culottes courtes mais démontre qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil...

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