La morale chrétienne

Beaux textes et méditations, questions sur la prière, prier les uns pour les autres.

Modérateur : Françoise T.

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Jean Gauci
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Re: La morale chrétienne

Message par Jean Gauci » jeu. avr. 25, 2019 1:45 pm

Comme c'est curieux, Nic, nos souvenirs se rejoignent... et peut-être ne sommes nous pas tout à fait libérés de ces aberrations qui nous ont marqués ( gravement parfois) alors que nous avons pu passer à côté de l'essentiel.

hugues
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Re: La morale chrétienne

Message par hugues » jeu. avr. 25, 2019 3:22 pm

En effet, Jean, en vous lisant je me demande parfois si vous n'avez pas été tellement marqué par ce passé religieux que vous conservez au fond de vous cette haine de l'institution qui vous empêcherait de pardonner les clercs qui vous ont fait tant de mal ?

Je ne suis pas de votre génération car je suis post conciliaire et moi c'était l'inverse : pas de catéchisme mais des coloriages, pas de confession car on se confesse directement à Dieu, on prend un pain de campagne pour remplacer l'hostie, on chante des chants communistes dans les rassemblements ....
Il m'a fallut découvrir que Jésus c'est autre chose qu'un révolutionnaire , à chacun son parcours.

Jean Gauci
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Re: La morale chrétienne

Message par Jean Gauci » jeu. avr. 25, 2019 6:23 pm

Hugues,
C'est évident, je suis marqué par ce que vous appelez "un passé religieux" mais je ne sais pas ce qu'est la haine, ni envers les personnes, ni envers les institutions. Non, vraiment, la haine m'est étrangère;
Ce que je ressens, c'est juste d'être passé à côté de beaucoup de choses essentielles mais d'avoir été plongé dans une pratique religieuse très formaliste, un peu janséniste, plus obsédée par la culpabilité que par la merveille de l'amour de Dieu. Les clercs de mon époque ne m'ont pas fait de mal et je serais injuste de ne pas leur être reconnaissant, mais les prêtres de mon époque enseignaient les règles et les préceptes de leur époque, comme tous les prêtres de cette époque. Nic vient de vous le dire, elle aussi...
Soyez rassuré, je me suis soigné. Peut-être suis-je victime de l'effet balancier provoqué par une "reconversion radicale" et que je ne discerne plus, avec quelque injustice sans doute, tout ce dont j'ai été enrichi. En tout cas, ce dont je suis sûr, c'est que je ne supporte plus la bondieuserie, les minauderies devant des statues de plâtre, la sentimentalité mièvre de dévotions, la confusion entre la parole parfois rugueuse du Christ et les sirops à l'eau bénite qui anesthésient les consciences en leur faisant croire que le ciel se gagne au son des mandolines...
Vous avez connu l'inverse, la mode de faire peuple et moderne en confondant Jésus et Che Guevara...
J'ai parlé de balancier, tout à l'heure. Vous voyez, Hugues, je lisais dans Le Monde d'aujourd'hui plusieurs articles démontrant que l'intégrisme catholique regagnait du terrain, que les communautés traditionalistes et charismatiques donnaient plus de prêtres que les séminaires interdiocésains...
On peut s'interroger : Vatican II, un concile pour rien ?
Cordialement.
Guy Bezzina

Nic
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Re: La morale chrétienne

Message par Nic » ven. avr. 26, 2019 1:48 pm

"On peut s'interroger : Vatican II, un concile pour rien ? "
On peut se poser la question mais pour ce qui me concerne, sans le concile, je ne serais pas à partager avec vous et j'aurais probablement rejoint ceux qui ont déserté l'Eglise tout doucement, sur la pointe des pieds, sans faire de bruit.
Cela dit, même si nous retrouvons entre Guy et moi des points communs sur l'éducation religieuse de l'enfance, la comparaison s'arrête là, car, contrairement à lui, je sors d'un milieu où la religion n'était pas la priorité familiale. Mon père se méfiait de la religion, qui tenait les gens en esclavage, et ma mère avait eu pas mal de démêlés avec notre curé très autoritaire et qui conduisait ses paroissiens de main ferme. Ce qui n'a pas empêché mon inscription au caté, soutenue par ma grand-mère, pratiquante, qui y tenait.
Et ce furent mes premières angoisses enfantines... Je n'entre pas dans les détails, ce serait trop long, mais à partir de ce moment, j'ai fait la connaissance d'un Dieu terrible qui était au courant de mes faits et gestes et qui me regardait à longueur de journée, guettant le moindre de mes faux pas . Sans compter que mes parents, mauvais chrétiens, iraient en enfer. Je me rappelle, étant malade dans mon lit, réciter des dizaines de chapelet pour la conversion de mes parents afin qu'ils ne finissent pas dans le feu éternel. Si bien qu'entre ma grand mère qui me disait "ma petite, ne te marie pas plus tard, si tu as des garçons c'est pour en faire de la chair à canon", et notre curé qui envoyait tout le monde en enfer, j'avais pris la ferme résolution de ne jamais me marier .
Heureusement, par la suite, nous avons eu des prêtres plus ouverts quoique encore d'avant Vatican II. Petit à petit, j'ai pu découvrir un autre Dieu, moins père fouettard jusqu'au Dieu d'amour et miséricordieux. Mais toute ma vie, encore maintenant, il m'arrive de douter. Qui a raison ? Qui est Dieu ? Dieu qui juge ou Dieu d'amour ? Je pense que je traînerai ce doute jusqu'à la fin de ma vie.

hugues
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Re: La morale chrétienne

Message par hugues » ven. avr. 26, 2019 2:34 pm

Pour Jean Gauci,

Merci Guy pour votre longue réponse. Cela me fait plaisir de lire que la haine vous est étrangère , maturité d'un parcours et capacité à prendre de la hauteur. Bravo.

Jean Gauci
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Re: La morale chrétienne

Message par Jean Gauci » dim. mai 05, 2019 9:28 am

Cher Hugues

En me soupçonnant de "haine" à l'égard des prêtres et de l'institution, vous m'avez permis de prendre conscience de l'injustice de certains de mes propos quand j'évoquais l'Eglise de mon enfance.
Le ressenti, et peut être le ressentiment, que j'éprouve au souvenir de cette époque n'est pas surfait mais, je jugeais le passé avec les critères d'aujourd'hui. C'est plus qu'une erreur, c'est une faute, et cette faute conduit généralement à des propos injustes. L'Eglise et les prêtres de 1950, comme la société civile, agissaient conformément à ce que j'appellerais "une culture de l'époque". Personne n'aurait parlé de "cléricalisme", la personne du prêtre était sacrée, les méthodes d'éducation privilégiaient la rigueur, parfois la brutalité, les problèmes de la sexualité des adolescents étaient niés et parfois diabolisés, toujours tus ou cachés... L'évolution des mentalités, mai 68, le Concile Vatican II ont transformé de façon importante la conception de l'éducation, de la liberté individuelle, de la responsabilité, de la justice et de la morale.
Mais comment poser un regard objectif, juste et vrai sur des événements lointains et des mentalités vieilles de plus d'un demi-siècle ?
De telles mentalités se retrouvent encore dans un conservatisme et un cléricalisme accrochés aux aiguilles des horloges.. C'est un choix. Mais il est injuste de refaire l'Histoire éclairée par les projecteurs modernes.
J'ai eu tort et je le reconnais.
Amicalement.
Guy Bezzina

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