Nous ne pouvons financer les études de notre fille…

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estelle.couvercelle
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Nous ne pouvons financer les études de notre fille…

Message par estelle.couvercelle » mer. avr. 22, 2015 2:52 pm

Étudiante en sociologie, Maëlle, 19 ans, a à cœur d’être autonome (elle vit avec la bourse qui lui a été attribuée) mais nous nous demandons si cette charge n’est pas trop lourde pour elle. Elle a été très gâtée matériellement jusqu’à aujourd’hui. Nous redoutons qu’un jour elle nous reproche de n’avoir pas pu financer les études de journalisme dont elle rêve.
► Quels conseils donneriez-vous à Danielle ?
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► Le point de vue de Marcel Rufo, pédopsychiatre, est à lire dans Pèlerin n° 6908, du 23 avril 2015.

hugues
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Re: Nous ne pouvons financer les études de notre fille…

Message par hugues » mer. avr. 22, 2015 2:58 pm

J'ai la même à la maison !

Laissez-la se débrouiller toute seule, mais il faut expliquer clairement votre choix et lui faire prendre ses responsabilités .

Emma - Emmanuelle
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Ni les parents ni l'étudiante ne doivent être "culpabilis

Message par Emma - Emmanuelle » ven. avr. 24, 2015 3:40 pm

Bonjour,

En tant qu'ancienne étudiante, j'ai eu envie de réagir. Ma réponse est longue pour un forum. Mais justement, je trouve que parfois, une parole trop prompte manque de nuances.... :)

L'important en famille est la qualité des liens, pas l'argent! (même si celui-ci peut parler des liens, mais bref. Si vous écrivez, je suppose que ce n'est pas un cas où elle aurait besoin, vraiment, de votre soutien accorder, que vous puissiez facilement le lui offrir, et que vous vous y refuseriez).

Donc voici ce que j'ai écrit au journal. Cela n'engage que moi, et j'espère que cela aidera à montrer la pluralité des situations que peuvent vivre les jeunes en études.

Bonne journée.

"Je souhaitais réagir au courrier des lecteurs de Marcel Rufo dans Pèlerin cette semaine. Il m’a fait mal.
Je pense qu’il était important de rassurer les parents de la jeune fille, par rapport au fait que des limites matérielles, les empêchant de l’aider à financer ses études, ne devraient pas « logiquement » entamer les liens familiaux, l’affection mutuelle. Et si cela est le cas, c’est que l’interprétation des choses est erronée, du fait peut-être de distorsions dans les liens entre les uns et les autres.

Ensuite, lorsqu’une difficulté se pose, je suis bien d’accord : la manière de s’en sortir est de passer en revue les solutions qui s’offrent.

A mon sens, les parents seraient soutenants si par exemple ils posaient qu’ils ne peuvent pas financer ses études, et aidaient leur fille à réfléchir aux voies possibles pour faire avec, en soulignant les avantages et les inconvénients de chacune des solutions.

Ensuite, je ne suis pas du tout d’accord sur la moralisation, à partir d’idées « psy » que je trouve toutes faites et fort vagues, des vertus du travail à côté des études durant l’année universitaire. Il est avéré que c’est un facteur important de l’échec des étudiants à l’université. Au mieux, les étudiants peuvent s’en sortir correctement (d’ailleurs j’ai vu cela comme étudiante et comme enseignante).

J’ai personnellement fait un burn-out durant mes études universitaires, l’année, où par nécessité j’ai conjugué un petit boulot pendant les semestres de cours avec la charge de travail universitaire que je choisissais de m’imposer (j’avais un projet professionnel précis, il fallait viser l’excellence).

Les étudiants en première année ne s’en rendent pas toujours compte, mais l’université, du fait même qu’elle ne sélectionne pas à l’entrée, est un univers compétitif, exigeant, et il n’est pas conseillé de surnager à un niveau passable. Surtout pas en sociologie, discipline bondée et hélas mal famée dans le monde du travail (mieux vaut en sortir avec mention).

Il y a des personnes plus ou moins actives. Pour ma part, le surmenage m’est contre-indiqué - et déjà, à l’époque, je sentais bien que jongler entre les activités ne me convenait pas.

Un étudiant sérieux et ambitieux peut tout à fait prendre ses études comme un travail à temps complet et y consacrer 30/40 heures par semaine, entre les cours et le travail personnel. Il ne s’agit pas seulement des résultats à la fin du semestre, mais de construire des savoirs, des savoir-faire, etc.

J’ai beaucoup souffert des idées toutes faites de mes parents, de personnes de leur entourage, qui ne connaissaient ni la réalité de mes études, ni celles des petits boulots, ni « ma » réalité (mon niveau de fatigue, mon besoin de prendre les choses posément, ma nature - je ne serai jamais une super-organisée-super-pragmatique, etc.). Je me sentais coupable de ne pas y arriver, puisque toute une idéologie dit qu’un jeune accompli peut cumuler les études, le petit boulot, la vie sociale…

C’est pour cela que la lettre de Marcel Rufo m’a personnellement fait très mal et plongée dans la tristesse. Y sont véhiculées tout un ensemble de normes, la croyance que les études à la fac permettent forcément de travailler à côté, sont une sinécure, etc. Tout se passe comme si tout le monde était pareil, et comme si des « aptitudes » déterminaient tout (ce mot est bien vague).

Pour ma part, la solution que j’ai alors mise en place a été de terminer mon diplôme en deux ans au lieu d’un. J’ai pu alors avoir une vie sociale, retrouver la santé et la joie de vivre (et arriver au niveau d’excellence qui m’a permis de faire ce que je visais). Bref, de vivre un tas de choses qui contribuent à "grandir", comme vous le dites, ce qui ne se fait pas seulement dans l'axe matériel et socio-économique, comme la réponse au courrier pourrait laisser penser. Mais je n’ai jamais digéré le sentiment de culpabilité induit par la croyance que j’aurais du finir au plus vite mes études, que « les autres » étudiants y arrivent (ce que serinait ma mère…).

Bref, d’une part, chacun n’a pas le même rythme, les mêmes fragilités : certains étudiants s’en sortent sûrement mieux que d’autres avec une vie très active.
D’autre part, la situation économique fait que les étudiants ne trouvent pas forcément des emplois qui se concilient bien avec des études. Les chaînes de restauration rapides, avec leurs horaires élastiques et leur rythme fou, illustrent bien cela.

Enfin, les idées dominantes peuvent faire mal à ceux qui ont du mal à s’y insérer, qui ne sont pas rarissimes, comme on le voit quand on discute avec des étudiants.

Il me semble même que dans le billet publié par M. Rufo, il y a un déni de réalité : faire comme si un boulot à côté n’avait que des avantages pour la jeune, et que c’était la solution magique au problème qui se pose peut-être. A moins que la solution toute prête ne soit de choisir l’endettement, avant même d’entrer dans la vie active. Là encore, il y a des avantages et inconvénients à peser.

Les parents de la jeune femme pourraient être soutenants en l’aidant à réfléchir à une pluralité de solutions, si problème matériel il y a, si la bourse d'études ne suffit pas. Par exemple, parmi celles qui n’ont pas été évoquées : travailler un an ou deux pour mettre de l’argent de côté (peut-être les parents peuvent-ils l’héberger pour l’y aider) puis commencer ses études plus tard, avec un pécule (et des droits à la formation cumulés). Etc. Peut-être rencontrer des journalistes pour voir ce qu’on peut faire sans diplôme, sur le tas, dans ce métier (ma belle-sœur, qui n’a que le bac, a pu être pigiste il y a quelques années), et commencer par ça, avant les études : au moment de postuler dans une école de journalisme, elle aurait un vrai plus. D'essayer obtenir une bourse d’excellence pour ses études de journalisme, en travaillant aussi bien que possible. De ne pas chercher forcément une école de journalisme payante. Et parmi les possibilités, faire un petit boulot à côté pendant les études en est une. En disant qu’elle verra : peut-être que cela se ferra sans problème, peut-être que ce sera difficile. En ne prétendant pas que le monde du travail actuel offre forcément des boulots parfaitement compatibles avec les études. En disant qu’il faudra s’organiser, que peut-être cela sera un challenge, mais qu’elle en tirera de l’expérience, etc. Bref, tout ce que M. Rufo dit par ailleurs.

Pour les parents, une autre façon d’aider leur fille, d’ailleurs, serait de voir s’ils ne peuvent pas jouer de leur réseau, pour l’aider à trouver un petit boulot qui soit constructif et compatible avec l’organisation des études. Oui, ce serait là une manière de la considérer comme une adulte, capable de faire avec la réalité et de choisir.

Le problème de fond, c’est peut-être le format courrier des lecteurs. Y sont affirmées des choses très tranchées, voir péremptoires (afin peut-être que tout le monde s’y reconnaisse ?), sans avoir eu en face de soi les personnes. Ce n’est pas la jeune qui a écrit, ce sont les parents. En l’occurrence, d'après le résumé publié, de son côté à elle, il n'y a pas de problème actuellement. Elle a la chance d'avoir une bourse, elle apprécie son autonomie (ce qui, a priori, est plutôt positif et sain). Peut-être que tout ça suffit, et qu'elle n'a pas besoin de bosser à côté. On ne sait pas. Ils se demandent si "cette charge n'est pas trop lourde pour elle", alors que semble-t-il elle ne demande rien (?).

Peut-être aurait-il été souhaitable de répondre aux parents en se concentrant sur leur préoccupation à eux, leur demande, leur peur, en se projetant moins sur les besoins supposés de la jeune (s’autonomiser), ses désirs supposés et ce qu’il lui est conseillé, à elle, de faire. Un des messages qui aurait pu être envoyé aux parents est qu’il y a plusieurs façons d’être soutenant avec son enfant devenu adulte (comme d’ailleurs le suggèrent les idées proposées dans ce courrier). On peut être reconnaissant envers ses parents d’avoir souhaité nous voir grandir, réussir et nous épanouir, et de l’avoir concrétisé à leur(s) manière(s) (par leur amour, leur confiance, etc, etc).

Et en priant pour que les parents de la jeune fille soient remplis de paix et de confiance, et pour elle, pour qu’elle réalise de belles études ! "

hugues
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Re: Nous ne pouvons financer les études de notre fille…

Message par hugues » ven. avr. 24, 2015 11:10 pm

Chère Emmanuelle,

Je n'ai pas lu le mot de Ruffo car je ne sais pas comment on y accède.

Vous avez tout à fait raison de dire que ce genre de rubrique "courrier des lecteurs" c'est du tranché dans le vif à la va vite et je suis impressionné de voir que vous avez pris le temps d'écrire une si longue lettre. Vous en avez gros sur le cœur de ce que vous avez lu !

Vous avez bien compris qu'on demande au psy de service de donner une réponse passe-partout alors qu'il faudrait étudier chaque cas particulier et si j'ai bien compris dans votre situation un boulot annexe n'était pas envisageable alors que pour d'autres filles c'est pas un souci.

Etant moi même confronté à ce genre de profil de jeune en tant que parent, je voudrais souligner un point très juste de votre lettre : le conseil demandé ne s'adresse pas à la jeune fille mais aux parents ce qui est complètement différent.
Ce n'est pas facile de savoir comment réagir en tant que parent pour accompagner son enfant du mieux que l'on peut, lui donner suffisamment d'autonomie mais lui faire prendre aussi ses responsabilités. Savoir écouter ses désirs mais savoir maintenir ses propres valeurs familiales. Mais je dirais que ça c'est nos problèmes de parents, pas le votre (pour l'instant !)

Donc, oui, je suis d'accord avec vous, nous allons prier pour ces parents pour qu'ils prennent la meilleure décision selon leur cœur .

Quand à vous, une bonne continuation, et je lis que vous avez trouvé votre équilibre de vie, c'est super !

Hugues

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