Partage d'évangile du 20 octobre

Commentaires des textes du dimanche, oecuménisme, usage du latin, rôle des laïcs...

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Françoise T.
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Partage d'évangile du 20 octobre

Message par Françoise T. » lun. oct. 14, 2019 2:36 pm

Première lecture
« Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort » (Ex 17, 8-13)

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là,
le peuple d’Israël marchait à travers le désert.
Les Amalécites survinrent et attaquèrent Israël à Rephidim.
Moïse dit alors à Josué :
« Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites.
Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline,
le bâton de Dieu à la main. »
Josué fit ce que Moïse avait dit :
il mena le combat contre les Amalécites.
Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline.
Quand Moïse tenait la main levée,
Israël était le plus fort.
Quand il la laissait retomber,
Amalec était le plus fort.
Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ;
on prit une pierre, on la plaça derrière lui,
et il s’assit dessus.
Aaron et Hour lui soutenaient les mains,
l’un d’un côté, l’autre de l’autre.
Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes
jusqu’au coucher du soleil.
Et Josué triompha des Amalécites au fil de l’épée.


Psaume
(Ps 120 (121), 1-2, 3-4, 5-6, 7-8)

R/ Le secours me viendra du Seigneur
qui a fait le ciel et la terre. (Ps 120, 2)

Je lève les yeux vers les montagnes :
d’où le secours me viendra-t-il ?
Le secours me viendra du Seigneur
qui a fait le ciel et la terre.

Qu’il empêche ton pied de glisser,
qu’il ne dorme pas, ton gardien.
Non, il ne dort pas, ne sommeille pas,
le gardien d’Israël.

Le Seigneur, ton gardien, le Seigneur, ton ombrage,
se tient près de toi.
Le soleil, pendant le jour, ne pourra te frapper,
ni la lune, durant la nuit.

Le Seigneur te gardera de tout mal,
il gardera ta vie.
Le Seigneur te gardera, au départ et au retour,
maintenant, à jamais.

Deuxième lecture
« Grâce à l’Écriture, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien » (2 Tm 3, 14 – 4, 2)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé,
demeure ferme dans ce que tu as appris :
de cela tu as acquis la certitude,
sachant bien de qui tu l’as appris.
Depuis ton plus jeune âge, tu connais les Saintes Écritures :
elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse,
en vue du salut par la foi
que nous avons en Jésus Christ.
Toute l’Écriture est inspirée par Dieu ;
elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal,
redresser, éduquer dans la justice ;
grâce à elle, l’homme de Dieu sera accompli,
équipé pour faire toute sorte de bien.

Devant Dieu,
et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts,
je t’en conjure,
au nom de sa Manifestation et de son Règne :
proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps,
dénonce le mal,
fais des reproches, encourage,
toujours avec patience et souci d’instruire.


Évangile
« Dieu fera justice à ses élus qui crient vers lui » (Lc 18, 1-8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples une parabole
sur la nécessité pour eux
de toujours prier sans se décourager :
« Il y avait dans une ville
un juge qui ne craignait pas Dieu
et ne respectait pas les hommes.
Dans cette même ville,
il y avait une veuve qui venait lui demander :
‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’
Longtemps il refusa ;
puis il se dit :
‘Même si je ne crains pas Dieu
et ne respecte personne,
comme cette veuve commence à m’ennuyer,
je vais lui rendre justice
pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.’ »
Le Seigneur ajouta :
« Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice !
Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus,
qui crient vers lui jour et nuit ?
Les fait-il attendre ?
Je vous le déclare :
bien vite, il leur fera justice.
Cependant, le Fils de l’homme,
quand il viendra,
trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

©AELF
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Jean Gauci
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Re: Partage d'évangile du 20 octobre

Message par Jean Gauci » lun. oct. 14, 2019 5:06 pm

Les textes de ce dimanche posent deux problèmes intimement liés. Celui de la prière et celui de la foi.

« La nécessité de toujours prier sans se décourager »

Mais la prière n’est rien sans la foi ou la claire conscience d’être en relation avec un Dieu vivant, aimant, attentif.
A la question qu’on nous poserait : » Etes vous croyant ? » nous répondrions « Oui et même chrétien et catholique ». Certains ajouteraient « ... mais je ne pratique pas ». C’est comme si, à la question : « Avez vous encore vos parents, les aimez-vous ? » on répondrait : « Oui, mais je ne les vois plus »
La question de la foi n’est pas métaphysique. La question de la foi est d’abord la question d’une relation vivante de femmes et d’hommes vivants avec un Dieu vivant.
Croire, ce n’est pas admettre l’existence de Dieu comme on admettrait l’existence d’êtres vivants sur d’autres planètes... cette foi « ne mange pas de pain ». Croire c’est vivre avec, c’est se sentir dépendant, c’est échanger, c’est établir une relation constante et cette relation, c’est bien la prière.
Je ne prie pas souvent et à cela je reconnais que ma foi n’est pas sérieuse mais quand je prie, j’ai besoin de peser chaque mot que je prononce ; j’ai besoin de prendre conscience de la présence de Dieu qui est là et qui m’écoute. Je ne récite jamais le chapelet parce que les paroles du chapelet ne sont pas les miennes et que nécessairement mon esprit s’évade et que Dieu n’est plus là.
J’admire la prière des moines et des moniales prosternés devant le saint Sacrement, entièrement concentrés, entièrement donnés, entièrement fondus en celui qu’ils et elles adorent...
Bien sûr on peut prier en faisant autre chose ... dit-on ! Si c’est réciter des « pater » et des « ave » en faisant de l’ordinateur alors autant s’abstenir...
Je crois que mes petits enfants sont vivants quand je leur parle, quand je les vois, quand je les embrasse, et quand je pense à eux, je ne pense pas à des concepts mais à des vivants que j’aime. Pour Dieu, c’est strictement la même chose. La foi sans la prière, c’est de la supercherie et la prière sans une conscience aigüe ou même diffuse d'un Dieu qui est présent et qui écoute c'est de la comédie.

Nic
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Re: Partage d'évangile du 20 octobre

Message par Nic » mar. oct. 15, 2019 1:29 pm

"Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ;"
Seigneur, nos mains s'engourdissent, nos bras ont du mal à rester levés. Nous avons à chaque instant envie de baisser les bras, d'abandonner... Qui viendra nous soutenir ? Qui viendra nous aider afin que nous puissions tenir jusqu'au coucher du soleil...

Flor
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Re: Partage d'évangile du 20 octobre

Message par Flor » mer. oct. 16, 2019 10:57 am

En ces temps où tout va mal dans le monde , dans l'Eglise , ne sommes -nous pas tentés de dire : " mais où est Dieu ?" et de perdre Confiance ....
"Le Fils de l'Homme , quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? "
Jésus , lui-même , semble un peu découragé.Y aura-t-il encore des croyants pour harceler Dieu de leurs supplications, pour que la prière, la foi, l'espérance et l'amour ne disparaissent pas ... ?

Les textes d'aujourd'hui nous parlent de persévérance. Les hommes de l 'Ecriture ne se découragent pas devant les épreuves de la vie :
Moïse persévère dans la Prière en s'appuyant sur "le bâton de Dieu ", avec l'aide des autres, il ne baisse pas les bras ! Il crie vers le Ciel !
Paul recommande à Timothée de "demeurer ferme dans la Foi "


Oui , Guy, " la Prière n'est rien sans la Foi ".... l'une va avec l'autre , elles se tricotent ensemble !
Mais , "peser chaque mot " me semble difficile... je crains que la relation à Dieu s'évapore alors ...
Les prières sont tellement différentes


IL y a la Prière des moines.... longue adoration , chants admirables ......

La Prière spontanée...Admiration,action de grâce:
devant un coucher de soleil au Cap Sounion,les notes de Mozart , le tableau de l'Annonciation de Fra Angélico ,en direct !...

La Prière est aussi un cri vers Dieu dans la souffrance, comme les aveugles de la semaine dernière , la veuve qui harcèle le juge inique....
Les Psaumes sont des cris humains, où nous retrouvons.

La Prière de Jésus qui se retire , le soir dans la montagne, pour parler à son Père. Que lui dit-il ? ses amis , ses échecs , ses joies ?
Et quand les Apôtres lui demandent : "Apprends-nous à prier " ....
_Dites : NOTRE PERE ....

Se mettre en présence de Dieu avant de prier .....
et si c'était Dieu qui était en présence de nous ?
Il est déjà en nous , et nous , souvent , infidèles au rendez-vous !

Marcel Légaut écrit :
"Pour être présent à Dieu , il faut être présent à soi-même.....
c'est par le plus intime de nous-mêmes que passe le chemin qui conduit à Dieu ." ( Prière d'homme- M.L.)

" Mes pensées , dit le Seigneur, sont des pensées de Paix pour vous donner l'Espérance.
Appelez-moi, je vous écouterai " ( Jr.29,11 )

Gabriel Ringlet - loin des prières toutes faites - interpelle Dieu dans les Sacrements :

" Mon VIVANT... encourage , éclaire , adoucis ...."
Un prière vivante ,humaine qui donne sens au sacrement reçu .

Jean Gauci
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Re: Partage d'évangile du 20 octobre

Message par Jean Gauci » jeu. oct. 17, 2019 9:02 am

"peser chaque mot " me semble difficile... je crains que la relation à Dieu s'évapore alors ...
Les prières sont tellement différentes"


Bonjour Flor,

Merci de votre réflexion et de la pertinence de votre interrogation. Vous avez sans doute raison. Que resterait-il des prières qui Lui sont adressées si Dieu ne retenait que celle où chaque mot prononcé est un mot conscient et pensé ? Sans doute beaucoup moins si non peu de choses !
Mais, pour reprendre votre réflexion, que reste-t-il de la " relation à Dieu" quand l'esprit est ailleurs ?
Dieu est vivant. Dieu entend, Dieu écoute, Dieu répond parfois. En cela nous ne pouvons l'imaginer que comme vous et moi dans un dialogue où chaque mot prononcé est un mot rempli de sens qui est un reflet de notre pensée, de notre affection et de notre intelligence. Il reste l'intention... mais l'intention suffit-elle ?
Le Christ lui-même est de mon avis... :D :D quand il dit " Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens.Ils s'imaginent qu'à force de paroles, ils seront exaucés"( Mattieu 6-7-15)

Jean Gauci
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Re: Partage d'évangile du 20 octobre

Message par Jean Gauci » mar. oct. 22, 2019 8:33 am

Tirée de la revue "Croire", j'ai trouvé cette réflexion pleine d'enseignements.
Elle répond aux doutes que l'on peut éprouver dans la répétitions de prières toutes faites.
J.G


La prière répétitive a-t-elle un intérêt ?

Chapelet, rosaire, psaumes, prière du cœur… Les prières répétitives occupent une large place. Pourtant le Christ a prévenu : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens ». Certains n’y voient que vide et formalisme. Quel est le sens de cette répétition ? Réponse de Sylvie Robert, professeur de théologie spirituelle.

Sylvie Robert, religieuse auxiliatrice, professeur de théologie spirituelle au Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris, est responsable du département Religions & Spiritualités. Elle s’intéresse aussi aux trois autres traditions religieuses que le christianisme les plus représentées dans le monde  : hindouisme, bouddhisme et islam.


Qu’appelle-t-on une prière répétitive ?

Sylvie Robert : Je n’aime pas trop ce mot « répétitif », car il est facilement négatif. Répéter une prière comme un perroquet, ce serait passer à côté de son sens… Ce risque est présent dans toutes les formes de prière. On peut toujours prier sans y mettre son attention, son cœur, son âme ; sans vivre la prière comme une expérience profonde : celle d’une rencontre avec Dieu. Mais l’être humain a besoin de rythmes, de répétitions. C'est la régularité de notre respiration, l'alternance entre le jour et la nuit, le rythme de nos journées, des repas... En tant qu’accompagnatrice spirituelle, j’ai aussi vu combien une prière récitée est un soutien, notamment quand on traverse des épreuves, quand on ne trouve plus ses mots pour s’adresser à Dieu. Un Notre Père, un verset d’un psaume répété, ruminé pour l'intérioriser et se l'approprier, nous aident à nous en remettre à Dieu, à entrer dans un mouvement de foi… Par ailleurs, on ne reprend jamais ces paroles de la même manière : les mots se chargent d’un poids, d’une tonalité différente suivant les moments où on les prononce. Mais nous avons d'autres ressources pour notre prière : osons aussi nous adresser à Dieu avec nos mots à nous, dans une expression tout à fait personnelle et spontanée. Prière répétitive et prière spontanée sont complémentaires.

Le Christ dit : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés » (Matthieu 6,7). À quoi fait-il référence ?

Oui, et il ajoute aussitôt : « Car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé. » Autrement dit, il rappelle que ce n’est pas le nombre de paroles prononcées ou répétées qui compte aux yeux de Dieu. La prière ne fonctionne pas comme un bouton de distributeur automatique, ni comme une sonnette d’alarme qu’on actionne. Le Christ nous apprend comment prier : commencez par entrer en vous-même et adressez-vous avec confiance au Père. Avec le Notre Père, il nous apprend à prier d’une façon juste : contemplez Dieu en premier ; laissez façonner votre désir selon le désir de Dieu (sa « volonté » n’est rien d’autre que celle de nous donner « la vie en abondance », Jean 10,10) ; recevez la vie de Dieu (le « pain ») ; recevez aussi son pardon pour avoir des relations plus ajustées vis-à-vis de Dieu et des autres…

Quel est le sens de la répétition dans la tradition chrétienne ?

Redire une même prière, c’est un moyen de se souvenir de Dieu et de vivre en sa présence. Les psaumes, par exemple, sont une école de prière. Les moines bénédictins et cisterciens qui prient les 150 psaumes en une ou deux semaines se laissent, peu à peu, habiter par la Parole de Dieu et sont comme modelés par elle. Ils apprennent de Dieu la façon d’articuler les deux mouvements présents dans la plupart des psaumes : le cri de détresse et l’action de grâce. Les psaumes représentent aussi une parole qui me parle personnellement mais pas à moi seul. Il y a dans cette prière une dimension collective, ecclésiale : ce psaume, qui me nourrit, ne m’appartient pas, je l’ai reçu ; d’autres le prient comme moi… C’est l’expérience de Jésus sur la Croix. En récitant le psaume 21 (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné… ») au moment le plus intense de sa vie, le Christ reprend une formulation qui est priée depuis des générations. Sa prière est à la fois la plus personnelle et la plus communément partagée.

Quelles sont les autres formes de prières répétitives dans le christianisme ?

Il y a la prière du chapelet et du Rosaire. Elle est née pour aider les croyants, même ceux qui sont très simples, à avoir une prière personnelle. Apprendre une prière par cœur est très pédagogique : cela nous permet d’être habités par un mouvement qui part de nous et va vers Dieu. On « s’accroche » à ces quelques mots simples pour se tourner vers le Christ en méditant les épisodes de sa vie. Les mystères du Rosaire nous aident à goûter dans nos vies la saveur évangélique.

Les mots du Notre Père et du Je vous salue Marie ont été prononcés par le Christ et par l’ange Gabriel. Sont-ils porteurs d’une puissance particulière ?

Puissance sur qui : sur moi, sur Dieu, sur l’univers ? Dieu n’a pas besoin de nos prières. Il n’est pas conditionné par elles. La prière, c’est avant tout laisser l’Esprit prier en nous. « Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu », dit saint Paul (Romains 8,15-16). Ces prières ont le pouvoir de nous transformer nous-même. Elles nous aident à entrer dans le mouvement de la foi, à nous adresser à Dieu comme à un Père, et à nous en remettre à lui, en toute confiance.

Il existe la Prière du cœur, chère à l’orthodoxie…

Répéter une phrase ou verset biblique est une tradition qui remonte aux Pères du désert et aux premiers moines. Elle a pour objectif de se souvenir constamment de Dieu, d’être habité par sa présence, même quand on vaque à ses occupations courantes.

Ces phrases répétées font penser aux mantras, comme le « Om »…

Oui. Mais l’arrière-fond n'est pas le même. Le Om, c’est le souffle primordial dans la cosmologie hindoue. Le croyant le prononce pour retrouver ce souffle et s’accorder au divin, présent partout. Dans l’hindouisme, le divin est diffus et en même temps il y a une multiplicité de divinités vers lesquelles on se tourne ; certains répètent le mot qui désigne le divin. Et chaque disciple a son mantra personnel, sa formule propre, qu'il récite pour avancer dans sa transformation spirituelle. Dans le bouddhisme, la répétition de formules sert surtout à diffuser l'enseignement du Bouddha dans l'univers; ou bien, c'est la formule elle-même qui apporte la libération.

Et dans l’islam ?

Le soufisme, courant mystique de l’islam, pratique le Dhikr, répétition de la formule : « Il n’est pas d’autres Dieu que Dieu », en modifiant le rythme, l’intensité. Le but est de se souvenir de Dieu en permanence. On sait qu’il y a eu des contacts entre l’islam et les moines syriens. Il est fort probable qu’il y ait eu une influence mutuelle. …Récité en communauté, le Dhikr suscite une ferveur collective. Les musulmans récitent aussi les 99 noms de Dieu à l’aide d’une sorte de chapelet : le croyant se laisse transformer par les vertus et qualités de Dieu.

Quelle est la singularité de la prière répétitive chrétienne par rapport à ces autres traditions spirituelles ?

Bien sûr, il y a des ressemblances dans ces pratiques parce que le priant est partout un être humain ! Mais ces pratiques prennent place dans un contexte religieux qui est différent. La prière chrétienne s’adresse à quelqu’un, à Dieu, et elle est trinitaire : je m’adresse au Père ou au Christ en laissant prier en moi l’Esprit. La dimension d’un Dieu personnel est absente du bouddhisme : on ne s’adresse pas à Bouddha, on récite son enseignement ou des formules qui l'honorent. Dans l’hindouisme, la prière répétitive invite à retrouver en soi l’âme du monde, au prix d’une certaine dilution du soi dans le divin diffus. Et dans l’islam, il n’y a pas cette dimension trinitaire.

Mais les spiritualités orientales exercent un fort attrait sur les Occidentaux…

Aujourd’hui, on a tendance à venir piocher dans ces différentes spiritualités comme au supermarché, sans égard pour ces traditions riches et vivantes qui ont chacune leur cohérence propre. Ce n’est pas respectueux. Cela révèle aussi bien souvent une ignorance des trésors spirituels que recèle la tradition chrétienne.

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