Partage d'évangile du 24 février 2019

Commentaires des textes du dimanche, oecuménisme, usage du latin, rôle des laïcs...

Modérateur : Françoise T.

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Jean Gauci
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Re: Partage d'évangile du 24 février 2019

Message par Jean Gauci » jeu. févr. 21, 2019 9:10 am

Aimez vos ennemis... Sans aller chercher d'horribles prédateurs, qui sont nos ennemis "domestiques", ceux que nous évitons, que nous jugeons, que nous méprisons... Comment aimer tout le monde ?
Je réfléchissais à cette injonction du Christ et il m'est venu à l'esprit que c'est par le regard que nous pouvions parvenir à cet amour universel.
Les débats que nous enflammons sur ce site ou ailleurs font souvent place à nos révoltes, à nos émotions, nos refus et nos jugements Ils ne manquent pas de pertinence mais souvent de bienveillance. On peut regarder le monde, les autres et soi-même sans complaisance et heureusement. User de sa conscience pour distinguer le vrai du faux, le bien du mal et le beau du laid est naturel . Pourtant, le regard pour objectif qu'il soit est souvent alourdi d'un a priori, de schémas tout faits, de généralisations qui nous prédisposent à la critique et à la condamnation. Aimer ses ennemis, les petits et les grands, n'est-ce pas d'abord se mettre dans une disposition de bienveillance, dans une recherche de la part de lumière avant d'être aveuglé par l'ombre ?
Ne pas condamner avant d'avoir cherché à aimer... Inverser le mouvement de pesanteur du coeur et être A PRIORI, poussé à chercher la lumière et le bien. Naïveté ? Je ne le crois pas.
Belle journée à tous.
Guy Bezzina

hélios
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Re: Partage d'évangile du 24 février 2019

Message par hélios » jeu. févr. 21, 2019 10:57 am

Deuxième lecture: la Lettre de Saint-Paul aux Corinthiens



Je partage tout à fait le point de vue de notre amie Flor. Ce texte est très compliqué.

L'une des raisons : Paul écrit à la communauté chrétienne de Corinthe. Les Corinthiens sont des Grecs. Il faudrait essayer d'imaginer cette communauté chrétienne de Corinthe.Il doit y avoir des gens simples, peut-être des notables, tous marqués par un mode de pensée grec, imprégné par la philosophie grecque de Socrate, Platon, Aristote à leur insu même. L'idée de la résurrection de Jésus, de la résurrection des morts était incompréhensible. Mais elle l'est aussi pour nous et peut-être encore plus pour nous puisque nous avons l'impression, avec l'allongement de la durée de la vie que nous sommes éternels...

J'ai lu d'autres traductions. Peine perdue, celle qui est proposée par l'AELF est somme toute la plus claire. Donc, je me suis dit, il faut partir de cette traduction et lire un peu avant le texte qu'on va lire et un peu après.

On peut remarquer que les questions auxquelles Saint Paul essaie de répondre sont très concrètes. Telle que : mais comment on va ressusciter ? Avec son corps ? Mais celui-ci va pourrir ! Saint-Paul qui a été élevé dans le judaïsme a donc beaucoup de difficultés à répondre à tout cela.


J'ai bien noté que certaines comparaisons sont justes et convaincantes :

Prenons les gestes du paysan : quand il sème le blé, la graine qui pénètre dans le sol va subir des transformations et mourir en tant que graine. Mais de cette dégradation va sortir un épi de blé qui n'a rien à voir avec la forme du grain de blé initial... Qu'est-ce qui se passe dans le micro détail des choses dans le sol ? Des relations entre cette graine et les relations avec les éléments de la terre ?

L'art a magnifié, la peinture notamment, la figure emblématique du semeur, son geste, les blés sous le soleil de Van Gogh comme une renaissance... A travers ce travail de la terre, on peut imaginer la résurrection. Il y a aussi la foi que cette semence va mourir pour faire jaillir un épi de blé.....

Peut-être, on pourrait maintenant relire Saint Paul et voir ce qu'il essaie de nous dire.


Jean Gautier

Flor
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Re: Partage d'évangile du 24 février 2019

Message par Flor » jeu. févr. 21, 2019 12:30 pm

Je vois dans les psaumes des révoltes ,des émotions ,des refus ,des découragements .......
Des hommes et des femmes devant Dieu avec leurs fragilités ,leurs souffrances!.....

Mais je trouve aussi un petit verset, tout simple ,qui me répond :

" Voici ce que Yavhveh réclame de toi :
Rien d'autre que d'accomplir la justice,
D'aimer avec tendresse
Et de marcher humblement avec ton Dieu "...... (Michée 6,8 )

Flor

hélios
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Re: Partage d'évangile du 24 février 2019

Message par hélios » jeu. févr. 21, 2019 4:23 pm

Deuxième lecture . Lettre de Saint Paul aux Corinthiens..........


Voyons enfin ce texte.....

Une opposition, très vite, que je comprends de la manière suivante :

Premier Adam- Etre vivant

Dernier Adam- Christ - Etre spirituel qui donne la vie.

Dans cette opposition, il y a " vivant" qui est très différent de la "vie" dans l'expression qui donne la vie.


Quand on lit le mot "vie" dans la Bible , c'est " vie éternelle " qu'il faut comprendre.

Un être "vivant" est un être " animé ". Cette qualité, nous la partageons avec les animaux qui sont, eux aussi, "vivants".

Autre chose est " un être spirituel qui donne la vie ". La foi en Jésus-christ nous donne une dimension spirituelle qui donne la vie qu'il faut comprendre comme plénitude à atteindre, à réaliser. La "vie" nous ne l'avons pas, nous l'atteignons au terme d'une quête qui nous fait pleinement homme, c'est-à-dire " être spirituel qui donne la vie ".

C'est pourquoi, on peut dire que la " vie éternelle " commence dès maintenant, dès aujourd'hui, c'est une quête continue qui donne la vie pour nous et les autres.

La qualité du "vivant" nous la perdrons avec la mort. Mais "la vie", elle, ne disparaît pas. Elle est éternelle.

Cette quête vers "la vie ", elle se nourrit du message du Christ, jour après jour, à partager avec les autres même si le chemin est difficile. Nous sommes tous appelés dans cette voie de la "vie". Là est l'essentiel.

Jean Gautier

Jean Gauci
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Re: Partage d'évangile du 24 février 2019

Message par Jean Gauci » ven. févr. 22, 2019 1:53 pm

"Il y a plusieurs sortes de chair : autre est celle des hommes, et autre celle des bêtes, autre celle des oiseaux, et autre celle des poissons"

En est-on bien sûr cher Jean ? Dans un temps qui n'est pas loin ne pourra-t-on greffer l'organe d'un singe sur un homme ?

Le corps glorieux ou spirituel ou... enfin le corps des ressuscités , n'a plus rien à voir avec l'ensemble de chair et d'os, de neurones et d'hormones qui nous constituent. Ce sera un corps immatériel, sans pesanteur dont tout ce qu'on peut supposer c'est qu'il sera animé par la même conscience, le même esprit qui me permet d'écrire cela...Nous ne verrons pas Dieu puisque nous n'aurons pas d'yeux. Mais Dieu sera présent à nous comme une évidence et plus dans le tâtonnement de la foi !
Et ( à titre personnel ) que m'importe que mon corps ressuscite, si ma quête de Dieu est finie et récompensée et n'a plus besoin de l'exercice ardu de la foi ?

hélios
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Re: Partage d'évangile du 24 février 2019

Message par hélios » dim. févr. 24, 2019 10:23 am

Sur l’Évangile de Luc


On peut se poser la question de savoir à qui s'adresse le sermon de Jésus.

Aux seuls juifs ? Ou à tous les hommes y compris les Romains qui occupaient la Palestine ?

Ce texte de l’Évangile de Luc, que l'on connaît tous presque par cœur, contraste fortement avec les versets 24/25/26 qui ont été lus la semaine dernière et qui portaient des "malédictions" ( malheur, malheur, malheur...).

Je vais donc écouter avec une attention redoublée l'homélie qui sera dite à la messe du Jour du Seigneur.

Il me semble que l'intérêt de lire les textes AVANT est bien de cerner les questions qu'éventuellement le texte suscite. L'homélie du dimanche pouvant, éventuellement, répondre à ces interrogations.


Bonne reprise de vos activités ce lundi.


Jean Gautier

hélios
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Re: Partage d'évangile du 24 février 2019

Message par hélios » dim. févr. 24, 2019 4:25 pm

J'ai écouté l'homélie prononcée dans l'émission Le jour du Seigneur. J'ai trouvé que cette homélie du Père René Luc, aumônier d'étudiants à Montpellier, était très intéressante, écoutée avec beaucoup d'attention par toute l'assistance.


Homélie de la messe du 24 février 2019 à Laning (Moselle)

Se laisser fondre pour arriver à aimer nos ennemis


On m’a raconté cette histoire qui s’est passé à Paris dans les années 1960. Deux jeunes séminaristes en soutane font le mur du séminaire pour aller boire une bière dans un bar. Ils sont accoudés au comptoir lorsqu’un groupe d’anticléricaux les prennent à partie. La tension monte. L’un d’entre eux s’approche du séminariste et le frappe sur la joue droite en lui disant : « Alors, tu ne tends pas l’autre joue ? » Le séminariste s’exécute et l’homme s’en donne à cœur joie, il le frappe violemment sur la joue gauche, au milieu de l’éclat de rire de ses camarades. Le séminariste le regarde calmement, se recule un peu et lui décoche une droite qui envoie l’homme au tapis à travers toute la salle. Tous les clients sont sidérés. Le séminariste dit alors : « Jésus a dit que si on te frappe sur la joue droite, il faut tendre la joue gauche, mais il n’a rien dit sur ce qu’on pouvait faire après ! »

La réaction de ce séminariste montre bien que le message que nous donne Jésus aujourd’hui d’aimer nos ennemis est très joli dans les intentions mais très difficile à vivre dans les faits. Je vous propose de distinguer les ennemis de guerre et les ennemis de palier, puis de repérer les trois marches qui précèdent l’amour des ennemis, et enfin de réfléchir sur notre propre condition de persécuteurs.

Quand Jésus parle d’ennemis, de qui parle-t-il ? A son époque, les juifs sont en guerre. L’ennemi à aimer, c’est le soldat romain qui a tué quelqu’un de votre famille. Comment l’aimer ? Est-ce qu’on peut demander aujourd’hui à quelqu’un qui a connu la seconde guerre mondiale d’aimer les nazis ? Est-ce qu’on peut demander aux familles des victimes des attentats en France d’aimer les terroristes ? Comment est-ce possible ?

La plupart d’entre nous, présents dans cette église ou devant notre télévision, nous ne sommes pas confrontés à des ennemis de guerre, mais plutôt à des ennemis de palier. Nous pouvons avoir dans notre entourage une personne qui nous hait ou qui nous calomnie sans raisons. Jésus nous dit aujourd’hui : « Cette personne qui te hait, cette personne qui dit toute sorte de mal contre toi, tu dois l’aimer ! » Comment est-ce possible ?

Jésus peut-il nous demander quelque chose d’impossible ? Quelques versets plus loin, il me semble que Jésus nous présente la solution à cette demande surhumaine. Il nous dit qu’aimer notre ennemi, c’est «de ne pas le juger », « de ne pas le condamner », et « de lui pardonner ». Ces trois marches sont le début de cet amour surnaturel qui vient de Dieu. C’est très difficile voire impossible « d’aimer son ennemi », mais je peux commencer par essayer de ne pas le juger, de ne pas le condamner en l’enfermant dans ses actes car il est plus que le mal qu’il me fait, et avec la grâce de Dieu, je peux m’engager sur le chemin du pardon. Enfin et surtout, je dois prier pour lui.

Jésus est un fin pédagogue. Il sait que nous tous, vous et moi, si nous sommes parfois persécutés, nous sommes aussi souvent persécuteurs. Il nous arrive nous aussi de faire du mal sans nous en rendre compte, d’être l’ennemi de quelqu’un, de dire du mal de lui, de le calomnier, de le jalouser. Jésus nous dit que « la mesure dont nous nous servirons pour les autres servira de mesure aussi pour nous ». Si j’ai fait du mal à une personne sans m’en rendre compte et que je réalise tout à coup mon péché, je serai soulagé si cette personne cherche d’abord à me comprendre, si elle ne m’enferme pas dans mon péché, et si elle m’offre son pardon. « Ce que tu veux que les autres fassent pour moi, tu dois le faire pour eux. »

Pour finir, je voudrais vous raconter une autre histoire bouleversante. Peut-être connaissez-vous le père Werenfried décédé en 2003. Ce prêtre religieux hollandais a fondé, en 1947, l’AED, l’Aide à l’Église en Détresse. C’était la fin de la seconde guerre mondiale. Il était bouleversé par la misère dans laquelle vivait ses voisins allemands, ennemis d’hier, vaincus d’aujourd’hui. Alors il a commencé à récolter des fonds pour organiser une aide alimentaire. Des centaines de veuves de guerre lui ont fait parvenir leurs propres alliances en or pour les faire fondre et récolter de l’argent pour ceux qui avaient assassinés leurs maris. Elles avaient tout perdu mais elles avaient choisi de gravir les trois marches proposées par le Christ. Elles avaient choisi de ne pas enfermer les Allemands dans le jugement, de ne pas les condamner, de leur pardonner. Ainsi, elles sont montées sur la dernière marche, quasi inaccessible, celle de l’amour de l’ennemi.

Et nous, qu’est que nous sommes prêts à laisser fondre pour commencer à aimer nos ennemis ?


Texte de l'Homélie
Prédicateur : Père René Luc
Paroisse : Église Saint-Pierre et Saint-Paul
Ville : Laning (Moselle)

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